Démarche

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J’utilise le hasard autant que me le permettent mes sens. Je suis constamment à l’écoute de toutes ces formes, ces lumières, ces couleurs, leur juxtaposition, leur opposition, leur interaction. Je ne les cherche pas, elles sont omniprésentes autour de moi. Ce sont des détails a priori insignifiants de mon environnement qui me poussent aux songeries et à la réflexion. Les débris d’une grève représentent la résilience, un bout de plastique a l’odeur de mon enfance, une loque souillée traîne dans la rue et c’est toute ma vulnérabilité mise à nu. Je transpose.

J’utilise souvent comme support, comme médium ou comme amorce à l’exploration ce qui se trouve au rebut. Bien que très préoccupée par l’accumulation incessante de matière que nous impose notre société de consommation, j’y vois surtout une incroyable ressource inépuisable et une grande accessibilité à la création. Tous ces détritus qui portent la trace humaine me parlent et me touchent. Je me livre sans gêne à leur transformation, leur sublimation; à voir le beau dans le laid. Je tente le presque impossible: amener une réflexion, une transparence des émotions que je ne contrôle pas. Faire parler la matière, lui donner une âme.

Je collectionne. Je place, déplace et replace. Coupe. Jette. Déchire. Taille et égratigne. Je joue et recommence. J’écarte les artifices et les clichés. Pas facile : l’humain en est plein. Il est plein de vides aussi. Plein de manques et de trous d’existence. Tous ces objets dont il s’entoure ne comblent rien mais lui en donne l’illusion. Souvent tracés à la ligne et toujours mal définis, voire incomplets, les personnages s’estompent et se fondent comme si l’environnement les dominait, les avalait. Ils naviguent dans un décor entre l’abstrait et le figuratif, instables et empreints de l’inconfort d’une grande charge émotionnelle.